On the center: © Dennis G. Jarvis – France-000089 – Institut de France, CC BY-SA 2.0 on Wikipedia

Fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu sous le règne de Louis XIII, l’Académie française naît d’un projet politique : renforcer l’unité du royaume à travers une langue commune. Standardiser le français, c’était affermir l’autorité du pouvoir royal.

Une mission au service du français

Les principales fonctions de l’Académie sont :

  • rédiger son Dictionnaire, aujourd’hui accessible en ligne ;
  • recommander les règles et le bon usage de la langue (dans le Journal Officiel en ligne) ;
  • proposer des équivalents français aux anglicismes ;
  • décerner des prix littéraires ;
  • attribuer des bourses et des mécénats.

On lui doit la promotion de mots comme ordinateur (plutôt que computer), logiciel (plutôt que software) ou courriel (plutôt qu’email). Ses recommandations ne sont obligatoires que dans l’administration : dans les faits, son autorité est surtout morale. Elle observe l’usage tout en cherchant à l’orienter.

Les « Immortels » sous la Coupole

L’Académie compte 40 membres, surnommés les « Immortels ». Autrefois nommés par le roi, ils sont aujourd’hui élus par leurs pairs. Le président de la République en est le protecteur officiel. Charles de Gaulle refusa ainsi, un jour, d’approuver l’élection d’un membre en raison de sa collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les académiciens doivent avoir « illustré la langue », sans obligation d’être écrivains ni même français. Parmi eux : Voltaire, Victor Hugo, Louis Pasteur, Simone Veil ou Valéry Giscard d’Estaing. On évoque souvent le « 41e fauteuil » pour les grands absents comme Jean-Paul Sartre ou Émile Zola.

Lors de leur réception, ils portent l’« habit vert », instauré par Napoléon Bonaparte, accompagné d’une épée coûtant environ 50 000 $. Ils prennent place dans leurs fauteuils verts sous la célèbre Coupole, quai de Conti, où siège l’Académie.

Héritage et controverses

Supprimée pendant la Révolution, car considérée comme représentante de l’aristocratie intellectuelle, elle a été réorganisée au sein de l’Institut de France. Elle est aujourd’hui un établissement public indépendant et vit essentiellement de dons et de legs. Les membres sont rémunérés environ 3 000 $ par mois et se réunissent une fois par semaine, le jeudi.

Institution prestigieuse, elle est parfois contestée et suscite souvent des débats. À ce titre, la première femme élue fut Marguerite Yourcenar, en 1980 seulement, et en 1983 fut élu Léopold Sédar Senghor, premier académicien non-blanc (sénégalais). Parmi les près de 700 membres, seulement onze étaient des femmes et trois des personnes de couleur. Qui plus est, les élections semblent parfois capricieuses : Émile Zola aurait posé sa candidature vingt-cinq fois, quand le maréchal Foch et Georges Clemenceau ont été élus sans poser leur candidature.

Longtemps opposée à la féminisation des noms de métier (une autrice, une cheffe, une ingénieure…), qu’elle jugeait « discriminatoire », elle en a finalement reconnu l’usage en 2019. Elle s’est également montrée critique à l’égard de l’écriture inclusive, « un péril mortel », selon elle. À l’inverse, ses défenseurs rappellent que celle-ci vise à rendre la langue plus équitable. De même, l’Académie s’oppose à la mention des langues régionales dans la Constitution française. À noter qu’il n’y a pas de linguistes ni de grammairiens parmi ses membres. Elle ne se veut pas normative, mais plutôt greffière de l’usage...

Malgré ces controverses, l’Académie française reste le symbole d’une langue vivante, traversée par les débats et les évolutions de son époque.

Un article proposé par Danielle Schanz

Share this post with your friends!