Lorsqu’on apprend le français, on remarque souvent un décalage entre ce qui est enseigné dans les manuels et ce que l’on entend dans les conversations entre amis dans les pays francophones. L’argot en est l'une des manifestations !

Mais qu’est-ce que l’argot ?

Une recherche rapide sur Internet mène à une définition formelle du dictionnaire Le Robert, qui définit l’argot comme un « vocabulaire ou un lexique propre à un groupe social particulier, qui peut parfois passer dans la langue commune ». Aujourd’hui, on peut simplement le considérer comme l’équivalent du slang en anglais, comme des paroles familières.

Attend, attend... d’où vient cette idée ?

Si l’origine même du mot reste débattue, on s’accorde généralement à dire que l’argot servait à l’origine à désigner le langage des malfaiteurs et des criminels, leur permettant de communiquer sans être compris par les autres. C’était aussi un moyen d’évoquer des sujets tabous — religieux, politiques ou sexuels — de manière indirecte.

Dans son usage moderne, l’argot est souvent constitué d’anciens termes de jargon abandonnés par le groupe qui les utilisait à l’origine, perdant ainsi leur caractère « secret ». Il joue également une fonction identitaire importante, notamment pour les exclus du groupe social dominant (et de sa langue.)

Désormais, l’argot est souvent associé aux banlieues françaises, où de nombreuses expressions naissent avant d’entrer dans le vocabulaire courant et, parfois, dans le dictionnaire. Dans ce sens, il est étroitement lié à ce que l’on appelle « le parler des jeunes ».

Le langage des jeunes aujourd’hui

En français, l’argot se décline de plusieurs façons. Deux formes particulièrement répandues sont le verlan et les mots empruntés à d’autres langues.

Le mot verlan est lui-même un verlan du mot « l’envers », qui signifie « reverse » en anglais — ce qui donne déjà un indice sur son fonctionnement. Ce type d’argot apparaît au XIXᵉ siècle et est utilisé par les criminels. Après la Seconde Guerre mondiale, il est popularisé par les enfants d’immigrés dans les banlieues françaises et devient très présent dans la culture hip-hop. Le verlan consiste à inverser l’ordre des syllabes d’un mot. Par exemple :

  • C’est ouf = C’est fou (« C’est dingue ») : ouf est simplement fou prononcé à l’envers.
  • Meuf = femme (fem/me → me/fem → meuf).
  • Le célèbre chanteur francophone Stromae : son nom de scène vient du mot maestro, dont les syllabes (« mae » et « stro ») sont inversées → « stro » + « mae » = Stromae.

L’autre type d’argot provient d’emprunts à d’autres langues, notamment l’arabe et l’anglais. Cela s’explique en grande partie par l’immigration et par l’influence de la culture pop occidentale. Quelques exemples :

  • Kiffer = aimer : vient de l’arabe nord-africain kif, qui renvoie à une sensation de plaisir, historiquement associée au tabac ou à l’alcool.
  • Wesh (également issu de l’arabe) : il n’existe pas vraiment d’équivalent direct en anglais. Le mot s’utilise selon le contexte ou l’intonation du locuteur. On peut l’entendre comme « salut », « quoi de neuf », comme mot de remplissage, ou simplement pour exprimer une attitude.
  • Emprunts à l’anglais : c’est cool, le boss.

Alors, la prochaine fois que vous surprendrez une conversation qui ne ressemble en rien aux exemples d’un manuel de français, ne vous inquiétez pas ! Ce qui ressemble aujourd’hui à un code secret pourrait bien devenir demain une partie du français courant — et peut-être même de votre propre vocabulaire.

Par Raniya Jin

Share this post with your friends!